TAG – Le top 3 des séries

Sélectionner seulement trois sagas littéraires, c’est vraiment un challenge très compliqué ! Et ça l’est d’autant plus quand le tag n’impose pas de genre littéraire précis. S’il s’était porté uniquement sur les bandes dessinées, j’aurais pu vous citer la splendide et pétillante Lou ! de Julien Neel,  le malicieux Cédric de Laudec et Cauvin, la douce et curieuse Cerise des Carnets éponymes de Joris Chamblain et Aurélie Neyret ou encore les espiègles Tom-Tom et Nana de l’incroyable et fantasque Bernadette Després. En ce qui concerne les romans, j’aurais pu vous parler des merveilleux Souvenirs d’Enfance de Marcel Pagnol, qui résonnent encore en moi comme le doux chant des cigales une journée de plein été… J’aurais pu vous évoquer les Terres du Milieu de Tolkien, vous parler longuement de cet univers qui colore mon quotidien de fantaisie et d’onirisme et me réconforte, un peu à la manière d’un plaid et d’un chocolat chaud durant une soirée d’Hiver… Dans un tout autre registre, j’aurais pu vous raconter les péripéties du jeune Thomas dans la saga dystopique L’Epreuve de James Dashner, plus connue sous le nom du « Labyrinthe ». En bref, vous l’aurez compris, j’ai beaucoup à raconter en ce qui concerne les séries littéraires, et n’en choisir que trois relève de l’impossible ! Un peu comme Babelio qui nous demande de ne choisir que 6 livres à emporter sur une île déserte 😉.

Alors je ne vais pas vous mentir, mais pour ce tag, j’ai un peu triché 😝. J’ai décidé de vous présenter le top 3 des séries qui ont marqué à la fois mon enfance et mon adolescence. Et croyez-moi, là encore ça n’a pas été facile ! Comme vous le savez, je suis restée une éternelle enfant, et les trois séries que je vais vous présenter ont donc une place très chère à mon cœur.  Alors c’est partiiii pour un petit retour en arrière ! 

Et j’ai nommé à la première place du podium…

Harry Potter de J.K. Rowling ! Comment ne pas mettre la saga Harry Potter dans ce top 3 ? J’ai découvert ces merveilleux livres bien après les films. J’avais 6 ans quand j’ai vu le premier film au cinéma 😱… J’ai tout d’abord été une fan de l’univers grâce à l’adaptation cinématographique et étant donné mon immense coup de cœur pour cette retranscription de la saga à l’écran, j’hésitais à me lancer dans la lecture des tomes par peur que mes attentes de lectrice soient trop élevées. Grossière erreur, films comme livres sont de véritables chefs-d’œuvre ! Harry Potter, c’est un univers empli de magie, qui me fait rêver et m’emmène loin de notre triste monde de Moldus. Jamais rien ne détrônera cette saga, qui à mes yeux est la meilleure de tous les temps !

(Moi quand j’enchaîne les chapitres de Harry Potter)

Les Filles au Chocolat de Cathy Cassidy – C’est une saga en dix tomes que j’ai adoré suivre. De tome en tome, on découvre plus profondément un personnage de la famille Tanberry. C’est une série gourmande et pleine de vie, qui m’a fait rire, m’a profondément touchée. J’ai eu la réelle impression de faire partie des livres, d’être moi aussi un personnage. Même si c’est une série que j’ai lue en étant adolescente, qui a accompagné mes vacances d’été, et quand j’y repense, j’ai des souvenirs de soleil et de plage… Vous pouvez retrouver sur mon blog les chroniques des trois premiers tomes si cette saga vous intéresse Cœur Cerise, Cœur Guimauve et Cœur Mandarine. Les sujets abordés sont forts et importants, mais sous la plume de Cathy Cassidy, ils sont toujours brillamment traités avec douceur et légèreté, sans pour autant être dévalués.

Ce qui est bon à savoir, c’est que cette saga existe aussi sous le format bande-dessinée. Je vous laisse la bande-annonce du tome 4 au format BD 😊

Meg Cabot - La grande Nouvelle

Journal d’une Princesse de Meg Cabot – Journal d’une Princesse est une saga en onze tomes. Onze tomes de purs fous rires et en même temps de nostalgie car j’ai grandi avec Mia Thermopolis au fil des tomes. C’est avec un grand plaisir que je compte les relire dans les temps qui viennent. Les thématiques abordées sont drôles et touchantes… On retrouve les grands classiques comme l’amour et l’amitié, mais aussi la famille et l’avenir. C’est la première saga que j’ai lue et elle m’a vraiment donné le goût de la lecture, alors merci Meg Cabot ! Je vous conseille au passage les deux films qui sont sortis avec Anne Hathaway dans le rôle de la princesse, si vous avez envie de rire et de vous changer les idées c’est juste parfait 😂 !

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Je remercie Loryl d’avoir pensé à moi pour ce tag. Ce sont des livres qui comptent beaucoup pour moi, qui ont marqué les plus belles périodes d’une vie, et ça me tenait à cœur de pouvoir vous en parler 😊. Et vous, quel serait votre top 3 ?

Pandora

Pandora Titre

Victoria Turnbull

Pandora Victoria Turnbull

4coeurs

– Résumé éditeur –

Pandora vit seule dans un monde en ruine. Personne ne lui rend jamais visite, alors elle s’occupe comme elle peut. Le jour où un oiseau tombe devant sa porte, le monde de Pandora commence doucement à changer…

Prix : 12,90€ (éditions Les Arènes)  –  Nombre de pages : 32

– Mon avis –

Pandora est une jeune renarde qui vit seule dans un monde en ruine. Pour combler cette solitude qui la pèse, elle déniche et répare les objets composant toutes les vastes décombres de ce monde. Dotés d’une seconde vie, ces derniers agrémentent avec charme sa demeure faite de bric et de broc, mais surtout d’amour. Un beau jour, Pandora retrouve un oiseau blessé devant chez elle, et de leur amitié vont naître les plus belles choses…

Ce petit album jeunesse est une très belle découverte et je tiens dans un premier temps à remercier Babelio ainsi que les éditions Les Arènes de me l’avoir envoyé, sans quoi je ne l’aurais peut-être jamais connu. L’objet-livre en tant que tel a été minutieusement travaillé et c’est ce qui m’a attirée en premier. La couverture, toute douce, est en tissu soyeux, ce qui permet de réhausser d’une somptueuse touche de nacre les détails des objets que Pandora raccommode. Les illustrations, à l’image de la narration, sont vraiment très douces, notamment parce qu’elles ont la particularité d’avoir été réalisées au crayon et à l’aquarelle, une technique graphique que j’affectionne particulièrement. J’aime beaucoup les teintes rétro utilisées par Victoria Turnbull, assez passées mais toutefois lumineuses, car elles ajoutent à la fois de l’innocence et de la nostalgie à l’histoire.

J’ai trouvé l’histoire tendre et touchante, bien qu’un peu trop courte à mon goût, ce qui ne m’a pas permis de m’immerger complètement dans l’univers. Même s’il s’agit d’un album jeunesse, j’aurais voulu encore plus de pages, encore plus de texte. Mais c’est justement la preuve que j’ai apprécié l’histoire. Je pense que Pandora est avant tout un album contemplatif, où la lecture des images prend le pas sur la lecture du texte, où seuls les yeux rêveurs sont en mesure de déceler la magie des non-dits. C’est un album qui malgré sa brièveté, nous livre de très beaux et profonds messages sur l’amitié et l’espoir, mais aussi sur la joie supplantant la tristesse. Au fil des pages, la réparation matérielle fait écho à la réparation affective, et nous révèle avec sensibilité que même ce qui semble irrémédiable peut être pansé avec un peu d’amour et d’optimisme. J’ai trouvé les mots finement choisis, en accord parfait avec chacune des illustrations, donnant dans l’ensemble un album éminemment poétique, empli de bons sentiments et d’espoir. Je ne peux que conseiller la lecture de Pandora car elle est pleine de tendresse et nous réchauffe le cœur.

BabelioEditions Les Arènes

– Citation –

Jour après jour,
le monde reprit
peu à peu
des couleurs.

Pandora photo

Chiisako Garden

Chiisako Garden

Yuki Kodama

Chiisako Garden Yuki Kodama

Coup de coeur

– Résumé éditeur –

La petite Luna vient d’emménager avec sa famille dans une charmante maison avec un joli jardin. Et c’est dans ce carré de verdure préservé qu’elle fait la connaissance d’un petit être, avec qui elle se lie très vite d’amitié. Mais Luna est la seule à voir son minuscule ami, ce qui ne manquera pas de créer des tensions avec ses parents… Et si vous preniez le temps de tendre l’oreille ? Vous entendriez peut-être le murmure d’une de ces mystérieuses créatures lilliputiennes qui ne se dévoilent qu’a un tout petit nombre d’entre nous… Avec ce recueil de cinq nouvelles, Yuki Kodama vous emmène dans un monde plein de fantaisie et de douceur !

Prix : 8€ (éditions Vega)  –  Nombre de pages : 183

– Mon avis –

Chiisako Garden est un manga composé de cinq histoires, dont certaines sont indépendantes les unes des autres et d’autres intimement imbriquées. Toutefois, elles conservent le point commun de mettre en scène des Chiisakos, qui sont de minuscules êtres que seuls les cœurs purs, c’est-à-dire les enfants mais aussi les personnes qui ne sont jamais tombées amoureuses, peuvent voir.

J’ai tellement aimé ces courts récits de vie, qui abordent avec délicatesse et sensibilité des thématiques universelles telles que les relations familiales, amicales et amoureuses, mais aussi des sujets plus spécifiques comme le processus créatif, l’écriture mais aussi le cas des hikikomoris, que j’ai pour ma part complètement découvert.

Même s’il s’agit d’un one-shot composé de plusieurs historiettes, je me suis facilement attachée aux personnages. de plus, on retrouve Ten, le Chiisako que vous voyez en gros plan sur la couverture, dans plusieurs d’entre elles, ce qui renforce notre attachement. Certains récits sont plus percutants, notamment le quatrième et le cinquième qui sont encore ancrés dans ma tête.

Loin d’être enfantin, je pense que ce manga s’adresse aussi et surtout aux adultes qui ont su conserver leur part d’imagination. J’ai besoin de ce genre de lecture, où la nature est mise à l’honneur, et où le merveilleux côtoie notre monde. Ça fait tellement de bien, je ne peux que vous recommander Chiisako Garden si comme moi vous êtes sensibles à la poésie des simples instants de vie.

– Citation –

Après tout, on peut être un auteur de fantasy sans être magicien, n’est-ce pas ? Alors on peut écrire sur l’amour sans avoir jamais aimé.

Chiisako

Les Aventures Complètes de Pierre Lapin

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Coup de coeur

– Résumé éditeur –

Les quatre histoires de Beatrix Potter mettant en scène Pierre Lapin sont réunies en un seul et même livre, permettant ainsi de suivre ses péripéties de manière chronologique. Après ses équipées de jeunesse dans le jardin de Monsieur MacGregor, Pierre devient un respectable jardinier faisant parfois cadeau d’un chou ou deux à ses joyeux et insouciants parents, sa sueur Flopsaut et son mari, Jeannot Lapin. Ces derniers n’ont pas de chance avec leur progéniture… La première famille, « les petits Flopsaut », est victime des effets soporifiques de la laitue et tombe entre les mains du redouté Monsieur MacGregor. Dans L’aventure de Monsieur Tod, une seconde portée est enlevée par Ernest Blaireau… Pierre est appelé à la rescousse ! Chaque histoire est reproduite intégralement, accompagnée de ses illustrations originales.

Prix : 14,90€ (éditions Gallimard)  –  Nombre de pages : 92

– Mon avis –

Les Contes de Beatrix Potter sont une véritable petite gourmandise littéraire et graphique. C’est le genre de lecture qui fait vraiment du bien car elle nous replonge tout droit dans notre enfance et nous immerge dans un joyeux cocon champêtre et ensoleillé.

Pierre Lapin et le rougegorge

Dans ce joli album, nous avons quatre histoires mettant en scène Pierre Lapin, l’un des plus célèbres héros anthropomorphiques de la littérature de jeunesse. Nous suivons ses péripéties de façon chronologique, ce qui m’a vraiment plu car on s’attache d’autant plus aux personnages et à l’univers. On commence l’aventure lorsqu’il n’est que lapereau, têtu et insouciant, bravant les interdits en s’introduisant dans le jardin du terrible Monsieur MacGregor, – qui a pour rappel transformé son père en pâté -, et on termine ce livre lorsqu’il est adulte, plus réfléchi et responsable, venant à son tour en aide à son très cher cousin Jeannot, qui autrefois était un peu son modèle et son mentor.

Pierre et Jeannot

Ces historiettes accompagnées des jolies illustrations d’origine sont vraiment très belles, drôles, pleines de douceur, de charme et de spontanéité, et toujours avec une morale, jamais trop prononcée. J’ai adoré plonger dans l’univers bucolique et enthousiaste aux odeurs de fleurs et au goût de légumes solaires de Beatrix Potter, et c’est avec un grand plaisir que j’y retournerai, pour découvrir d’autres personnages et approfondir cet univers réconfortant empli de belles valeurs.

Pierre Lapin et les oignons

– Citations –

Le jardin de Monsieur MacGregor est rempli de légumes – des légumes frais, verts, exquis. Pierre n’en a jamais vu autant. Il mange des haricots, il mange des laitues, enfin, il mange des radis. C’est un peu dur, les radis, mais si appétissant ! Pierre en mange trop, il se sent mal au cœur. « Si seulement je trouvais un peu de persil », se dit-il. « C’est très recommandé le persil en cas d’indigestion ! »

*

Pierre courut sans s’arrêter ni même jeter un coup d’œil derrière lui jusqu’au grand sapin où il habitait. Il était si fatigué qu’il se laissa tomber sur le sable douillet qui recouvrait le sol du terrier et ferma les yeux.

Les Aventures Complètes de Pierre Lapin Beatrix Potter

 

À Rebours

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J.K. Huysmans

À Rebours J.K. Huysmans

Coup de coeur

– Résumé éditeur –

La Bible de l’esprit décadent et de la  » charogne  » 1900. À travers le personnage de des Esseintes, Huysmans n’a pas seulement résumé, immortalisé les torpeurs, les langueurs, les névroses vénéneuses et perverses du siècle finissant. Des Esseintes est aussi un héros kierkegaardien, à la fois grotesque et pathétique, une des plus fortes figures de l’angoisse qu’ait laissées notre littérature. Fils spirituel de René et de la génération du mal du siècle, il annonce à bien des égards le Bardamu de Céline et le Roquentin de La Nausée.

Prix : 8,50€ (éditions Gallimard)  –  Nombre de pages : 430

– Mon avis –

À Rebours, c’est le premier grand succès de Huysmans. Ce roman nous surprend d’emblée parce qu’il manque clairement d’intrigue. Il nous propose de suivre la vie de l’un des plus grands décadents de la littérature française, à savoir… roulements de tambours… j’ai nommé le duc « fin de race » Jean Floressas des Esseintes.

Dès les premières lignes de la notice, le ton est donné au lecteur : le duc Jean Floressas des Esseintes est l’ultime descendant d’une lignée affaiblie, marquée par « les vices d’un tempérament appauvri », et ébranlée par les « unions consanguines » et « l’effémination des mâles » qui s’est accrue au fil des générations. Il est présenté comme une rognure, la dernière miette d’une ancienne famille aristocratique nullement digne de respect. Avant même de m’avancer sur la narration à proprement parler, je souhaiterais me pencher un peu sur le personnage de des Esseintes, si singulier et énigmatique qu’on pourrait lui consacrer un mémoire. C’est un personnage qui a grandi dans la solitude, et qui trouve un certain refuge dans ses pensées torturées, ce qui explique en partie ses névroses ultérieures. Ses parents n’ont jamais été là pour lui, et quand ils l’étaient, ils ne parlaient guère ou alors échangeaient des paroles détachées et impersonnelles, nourrissant l’atmosphère froide et oppressante qui régnait entre eux. Il est un personnage profondément incompris, aux portes de la marginalité, qu’il n’hésite pas à grand ouvrir, finalement empreint d’une complaisance vis-à-vis de son exclusion.

La vie de des Esseintes est sans saveur. De plus, elle n’est ponctuée que d’échecs perpétuels. Il s’ennuie ferme, isolé dans sa vaste demeure. C’est pourquoi il décide un beau jour de rechercher l’inédit et l’exclusif sous toutes ses coutures, au point de se livrer à toutes sortes d’expériences les plus excentriques, fantasques et inimaginables possibles, tant sur le plan physiologique qu’intellectuel : expériences artistiques, livresques, humaines, florales, olfactives, androgynes et j’en passe. L’expérience de la tortue est l’une des plus célèbres du roman. Des Esseintes acquiert une tortue pour pouvoir mettre en valeur la vivacité des teintes d’un tapis d’Orient. Par les mouvements et les teintes foncées de la tortue, il pense rehausser les couleurs du tapis. Néanmoins, des Esseintes est loin d’être satisfait du rendu de la tortue sur le tapis. Il estime que ce dernier n’est pas assez valorisé, et même qu’il est enlaidi, avec cette tortue « couleur tête-de-nègre », dont « le ton de Sienne crue de [la] carapace salissait les reflets du tapis sans les activer ». Pour parfaire l’alliance des tons et atteindre une jouissance visuelle inédite, il décide dans un premier temps de recouvrir la cuirasse de la tortue d’or. Malgré tout, cela ne lui convient toujours pas. Pour obtenir une parfaite alchimie, il décide alors de sertir la carapace de l’animal d’une multitude de joyaux, sélectionnés avec minutie : « Le choix des pierres l’arrêta ; le diamant est devenu singulièrement commun depuis que tous les commerçants en portent au petit doigt ; les émeraudes et les rubis de l’Orient sont moins avilis, lancent de rutilantes flammes, mais ils rappellent par trop ces yeux verts et rouges de certains omnibus qui arborent des fanaux de ces deux couleurs, le long des tempes ; quant aux topazes, brûlées ou crues, ce sont des pierres à bon marché, chères à la petite bourgeoisie qui veut serrer des écrins dans une armoire à glace ; […] Décidément aucune de ces pierreries ne contentait des Esseintes. » Cette expérience nous montre ô combien des Esseintes est obsédé par la perfection, et ô combien cette obsession et ce constant désir d’anormalité vont finir par le ronger… Il cherche les combines les plus improbables dans l’espoir de pouvoir aller au-delà de la perception d’un simple être humain. Mais ce désir est vain, car la réalité finit toujours par reprendre ses droits, qu’importe les extravagances de des Esseintes.

Par le biais de ces artifices, des Esseintes cultive ses névroses, qui lui permettent de conserver sa singularité et sa grandeur. Il s’est créé un monde si artificiel qu’il est proche de la surnature. Cependant, il n’est pas un surhomme, et quoi qu’il fasse, l’échec reste prédominant. Pour ma part, je trouve l’expérience de la tortue décisive dans l’histoire, car elle marque la fragilité du personnage, son caractère altérable, mais également le début d’une succession d’échecs qui vont le mener lentement à sa perte. Sa quête de sens et de sensations est un fiasco qui l’éclipse lentement vers sa destruction… Epuisé, il est victime d’un corps qui ne lui répond plus. À Rebours, c’est une peinture du corps qui se dégrade, c’est un paysage de chair en lambeaux, un désagrègement éparse d’une carapace qui s’est fissurée au fil des excès. Plus qu’une succession d’échecs expérimentaux, c’est un échec de vie qui nous est raconté dans ce roman. Des Esseintes est un éternel insatisfait, mais aussi un éternel raté. Il est toujours dans le « presque », jamais dans le « plein ». Il s’est enfermé dans un cercle vicieux qui n’est plus de son ressort, et qui lui a désagrégé irrévocablement le corps et l’esprit.

Ce roman nous offre une expérience littéraire unique, une expérience folle, comme nous n’en aurons jamais d’autre. En tout cas, c’est une lecture qui ne laisse pas de marbre, que notre avis soit positif ou négatif. L’écriture huysmansienne est nihiliste à souhait, et à l’image de des Esseintes, esthétisante et poussée à l’extrême. Au demeurant, ne peut-on pas voir dans ce roman une intrusion de Huysmans homme ? Lui qui a toujours vécu dans l’ombre de son maître Emile Zola, comme des Esseintes a vécu dans l’ombre des véritables artistes, ne s’est-il pas finalement projeté dans son personnage, au moins en partie ?

– Citations –

Bien souvent, des Esseintes avait médité sur cet inquiétant problème, écrire un roman concentré en quelques phrases qui contiendraient le suc cohobé des centaines de pages toujours employées à établir le milieu, à dessiner les caractères, à entasser à l’appui les observations et les menus faits. Alors les mots choisis seraient tellement impermutables qu’il suppléeraient à tous les autres ; l’adjectif posé d’une si ingénieuse et d’une si définitive façon qu’ils ne pourrait être légalement dépossédé de sa place, ouvrirait pendant des semaines entières, sur son sens, tout à la fois précis et multiple, constaterait le présent, reconstruirait le passé, devinerait l’avenir d’âmes des personnages, révélés par les lueurs de cette épithète unique.

*

En effet, lorsque l’époque où un homme de talent est obligé de vivre, est plate et bête, l’artiste est, à son insu même, hanté par la nostalgie d’un autre siècle.

*

[…] il ne vivait guère que la nuit, pensant qu’on était mieux chez soi, plus seul, et que l’esprit ne s’excitait et ne crépitait réellement qu’au contact voisin de l’ombre ; il trouvait aussi une jouissance particulière à se tenir dans une chambre largement éclairée, seule éveillée et debout, au milieu des maisons enténébrées et endormies, une sorte de jouissance où il entrait peut-être une pointe de vanité, une satisfaction toute singulière, que connaissent les travailleurs attardés alors que, soulevant les rideaux des fenêtres, ils s’aperçoivent autour d’eux que tout est éteint, que tout est muet, que tout est mort.

*

Après les fleurs factices singeant les véritables fleurs, il voulait des fleurs naturelles imitant des fleurs fausses.

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Journal d’un enfant de Lune

 

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Joris Chamblain et Anne-Lise Nalin

Journal d'un enfant de lune Joris ChamblainCoup de coeur– Résumé éditeur –

Morgane a seize ans. Elle vient d’emménager dans une nouvelle maison, avec ses parents et son petit frère. Tandis qu’elle déballe ses cartons, elle retrouve un journal intime caché derrière un radiateur. C’est celui de Maxime, un jeune homme de dix-sept ans, qui y raconte son étrange maladie qui l’empêche de vivre à la lumière du jour. C’est un enfant de la lune…

Prix : 15,95€ (éditions Kennes) –  Nombre de pages : 56

– Mon avis –

Après la saga Les Carnets de Cerise, que j’ai adorée, je découvre une autre bande-dessinée de Joris Chamblain, qui me tenait particulièrement à cœur de par ses thématiques fortes. En effet, sont abordés avec douceur et émotion le syndrome du Xeroderma Pigmentosum et la difficulté quotidienne à laquelle sont confrontées les personnes qui en sont atteintes. Cette maladie rare empêche l’exposition au soleil sous peine de développer des cancers cutanés.

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J’ai vraiment beaucoup aimé cette bande-dessinée, qui m’a aidée à mieux comprendre cette maladie, mais aussi à réaliser combien la vie se doit d’être pleinement savourée. Ici, nous suivons une jeune fille de seize ans nommée Morgane, qui emménage avec ses parents dans une nouvelle maison. Dans sa nouvelle chambre, elle trouve par hasard un journal, tenu par Maxime, un jeune homme de dix-sept ans, atteint de cette dure maladie. Emue par son récit, la jeune fille décide de se lancer à la recherche de Maxime… Je ne vous en dit pas plus pour que vous puissiez découvrir cette histoire bouleversante par vous-mêmes !

Encore une fois, Joris Chamblain a su me toucher : ses mots sont simples et justes ce qui a le don de les rendre particulièrement forts. Les personnages sont touchants, sincères, et on ne peut que les apprécier. Mention spéciale pour les sublimes illustrations d’Anne-Lise Nalin qui s’accordent parfaitement au récit et magnifient les moments narrés. Une très belle lecture et de très beaux récits de vie, qui nous sensibilisent à une maladie méconnue.

– Citations –

C’est fou ce qu’un regard peut faire mal, quand votre corps est différent.

*

Edith Piaf chantait « La vie en rose ». Elle n’a pas la moindre idée de ce que ça fait de réellement voir la vie en rose, à cause de ce foutu masque.

*

Ne pas pouvoir admirer le ciel bleu. Ne pas savoir la couleur des yeux de la jolie fille qui traverse la rue. Et déguiser le regard écœuré et distant des passants derrière cette couleur si « chaleureuse »…

*

Et moi j’étais devenu aux yeux de mon papa une œuvre d’art vivante que l’on protégerait de l’outrage du temps.

Journal d'un enfant de lune JC

 

 

Inséparables

 

inséparables

Sarah Crossan

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4coeurs
– Résumé éditeur –

Grace et Tippi. Tippi et Grace. Deux sœurs siamoises, deux ados inséparables, entrent au lycée pour la première fois…

Elle me dit : « On peut aller au lycée, et avoir un boulot, et conduire une voiture et nager et partir en rando. Tu sais que je te suivrai n’importe où, Gracie. Tout ce que tu veux, dis-le-moi, et on le fera. On peut tout faire, OK? »

Je lui réponds : « OK. » « Mais ce qu’on ne pourra jamais, jamais faire, c’est tomber amoureuses. C’est clair ? »

Prix : 14,90€ (éditions Rageot)  –  Nombre de pages : 377

– Mon avis –

Inséparables, c’est l’histoire de deux vies pour un seul corps, ou d’une seule vie pour deux corps… c’est la touchante histoire de sœurs siamoises, Grace et Tippi, qui entrent pour la première fois au lycée et se confrontent au regard des autres.

Bien plus qu’une histoire sur les jumeaux fusionnés, c’est une histoire de vie qui nous est contée. Entre les premières amitiés, les premiers émois, les premiers voyages, nous suivons le quotidien de deux jeunes filles qui ne demandent qu’à vivre pleinement et à être considérées dans leur singularité.

Au-delà de leur initiation aux autres, les thématiques abordées sont importantes et dramatiques. Les difficultés liées à la pathologie ne sont pas épargnées et nous ébranlent jusqu’aux dernières pages. L’alcoolisme, les difficultés financières et l’anorexie sont également traitées en arrière-plan mais toujours avec une once d’espoir. C’est un livre qui rayonne malgré sa dureté apparente. Si comme moi vous êtes intéressés par le sujet et que vous êtes à fleur de mots, il faut que vous lisiez Inséparables

Nous suivons l’histoire à travers les yeux de Grace. L’écriture peut surprendre au premier abord. Si vous connaissez Songe à la douceur de Clémentine Beauvais (mon avis *ici*), qui a d’ailleurs traduit ce roman, c’est écrit de la même manière, en vers. Pour Inséparables je ne trouve pas que cela a apporté grand-chose, contrairement au roman de Clémentine Beauvais. Mais j’avoue que pour certains passages, j’ai trouvé cela très beau, puisque certains mots étaient accentués et donnaient plus de profondeur au récit tenu par Grace.

Ce n’est pas un coup de cœur mais une très bonne lecture ! J’ai dévoré ce roman en moins de deux jours et les nombreuses sources usitées par l’autrice, expliquées en fin de roman, rendent l’histoire encore plus réelle après coup, et par conséquent plus impactante.

– Citations –

Je suis seule dans l’Orlando

de Virginia Woolf,

dans la chambre d’Orlando

qui se réveille femme

après toute une vie d’homme.

Et pourtant,

étrangement,

savoir que le regard de Jon a dévalé

ces pages,

digéré ces mots que moi-même

je dévore,

me donne l’impression que

c’est aussi un peu lui que je goûte.

*

Cauchemar

À la bibliothèque municipale près de Church Square Park

où Tippi et moi on va emprunter des DVD,

une fille munie d’un iPhone

pousse soupirs et gémissements.

« J’ai plus de réseau. J’arrive pas à me connecter au wifi.

Le cauchemar, quoi »,

dit-elle à son amie,

en agitant le téléphone autour d’elle

comme pour harponner une onde

baladeuse.

C’est marrant quand même ce qui inquiète les gens

alors que leurs vies, franchement,

se passent nickel.

un_parfum_de_livre. 👭《Inséparables》c'est l'histoire de deux vies pour un seul corps, ou d

La boîte à musique – Bienvenue à Pandorient (tome 1)

La boîte à musique - Bienvenue à Pandorient

Gijé & Carbone

La boîte à musique 1

Coup de coeur

– Résumé éditeur –

Pour son huitième anniversaire, Nola reçoit un magnifique cadeau : la boîte à musique de sa maman Annah. Quelle mélodie enchanteresse ! Mais à y regarder de plus près, une petite fille gesticule à l’intérieur et appelle au secours… En suivant ses instructions, Nola rapetisse et entre dans la boîte à musique. Elle découvre alors Pandorient, un monde fabuleux mais aussi dangereux…

Prix : 12€ (éditions Dupuis)  –  Nombre de pages : 56

– Mon avis –

L’histoire débute dans une petite maison où vivent Martin, et sa fille Nola, qui fête ses huit ans. Cette dernière a perdu sa mère trois mois plus tôt – nous ne savons pas de quelle manière – et depuis, son père ne parvient pas à lui rendre le sourire. Il lui offre alors une boîte à musique, mais pas n’importe quelle boîte, celle qui a appartenu à sa défunte épouse. Celle-ci est magique et regorge de mystères. Aussi, c’est en admirant la beauté de cette boîte à musique que Nola va découvrir quelque-chose de surprenant : il y a une jeune fille à l’intérieur qui lui fait signe de l’aider ! Nola prend son courage à deux mains et décide alors d’entrer dans la boîte à musique, grâce au processus dicté par l’énigmatique jeune fille. C’est alors que s’ouvre à elle un monde incroyable, celui de Pandorient, qui au premier abord semble être une petite ville calme et paisible mais qui lui réserve bien plus de surprises qu’elle ne le pense, notamment en la confrontant avec le passé de sa mère…

J’ai vraiment beaucoup aimé ce premier tome de La boîte à musique, que j’ai trouvé vraiment bien ficelé du début à la fin ! L’intrigue se met doucement en place et nous découvrons de fil en aiguille le monde de Pandorient. Celui-ci nous est représenté à la fois de façon féérique et inquiétante, mêlant aussi bien des atmosphères propices autant aux rêves qu’aux cauchemars. Il y a beaucoup de suspense dans ce premier tome, et d’ailleurs celui-ci est présent jusqu’à la dernière page. En effet, je me pose beaucoup de questions depuis que j’ai refermé cette bande-dessinée, et c’est pourquoi j’ai vraiment très hâte de lire la suite dans l’espoir d’obtenir des réponses ! Pourquoi Mathilda met tant d’énergie à éloigner Nola du monde de Pandorient ? Pourquoi tant de mises en garde quant à Pandorient : « Pandorient est dangereux pour ceux de l’Hexomonde », « si tu le peux, oublie-nous ! » ? J’en viens à me demander si le décès de Annah n’est pas lié au monde de Pandorient ? Enfin, ce n’est que pure hypothèse. Il est vrai que sous ses apparences trompeuses, le monde de Pandorient n’a pas l’air bien dangereux et c’est pourquoi je me demande vraiment ce qu’il se passe là-bas pour que Mathilda tienne de tels propos. J’ai très envie d’en apprendre davantage sur l’univers car je reste vraiment sur ma faim de par la brièveté de cette bande-dessinée !

Ce premier tome nous peint des protagonistes aux personnalités bien trempées mais aussi très complexes. Par exemple, nous ne pouvons pas tellement nous fier aux apparences dans cette bande-dessinée, car les méchants peuvent être gentils et vice-versa. J’ai beaucoup aimé notre petit trio principal, bien sympathique, constitué de Nola, Andréa et Igor. Je les ai trouvés vraiment différents mais pourtant très complémentaires, très soudés. Globalement, j’ai trouvé ce premier tome à la fois léger et profond de par les thématiques et valeurs auxquelles il nous confronte, comme le deuil, la solidarité, le courage ou encore l’amitié. Ce premier tome est une chouette introduction, qui nous annonce – en tout cas je l’espère – une belle série BD en perspective. L’univers est encore peu développé, mais nous avons tout de même les bases qui sont posées, et je sens que les futurs tomes nous réservent beaucoup de belles surprises. J’espère que Gijé et Carbone déclineront plus en profondeur le monde intriguant qu’est Pandorient, que ce soit dans la narration comme dans le coup de crayon.

D’ailleurs, concernant les illustrations, c’est ce qui m’a tout d’abord donné envie de découvrir cette bande-dessinée. Lorsque j’ai vu cette première de couverture, j’ai tout de suite adoré ! C’est  vraiment très joli et onirique ! L’encadrement autour de Nola m’a rappelé celui des Carnets de Cerise, une merveilleuse série BD dont je suis complètement fan, écrite par Joris Chamblain et illustrée par Aurélie Neyret. Et ces couleurs enchanteresses… ! J’adore toutes ces teintes magiques, mêlées de violet, de bleu et de vert. Lors de ma lecture de La boîte à musique, j’ai d’ailleurs trouvé que les couleurs reflétaient parfaitement les passages qu’elles illustraient. Les coloris utilisés sont parfaitement adaptés selon les situations qu’ils dépeignent, nous offrant des décors tantôt chaleureux et flamboyants, tantôt froids, sombres et inquiétants. Je suis très curieuse quant à la suite de cette histoire et je n’ai qu’une certitude, c’est que je ne la manquerai pas !

– Citations –

– Je comprends mieux… ma mère était infirmière, mais pas moi ! Il faut appeler le docteur !
– Un guérimaux, tu veux dire ?
– Un médecin, quoi !
– Déjà fait, mais il était chez un Tricap !
– Un quoi ?
– Ben, un Tricap ! Un Pandoriental à trois têtes !
– Vous êtes bizarres, quand même !
– Tu trouves ? Pourtant, tu n’as encore rien vu !

*

– J’espère que tu as fait un vœu !
– Oui, je voudrais que maman revienne…
– Tu sais que c’est impossible…

– Trailer –

 

Songe à la douceur

 

Songe à la douceur

Clémentine Beauvais

Songe à la douceur4coeurs

– Résumé éditeur –

Quand Tatiana rencontre Eugène, elle a 14 ans, il en a 17 ; c’est l’été, et il n’a rien d’autre à faire que de lui parler. Il est sûr de lui, charmant et plein d’ennui, et elle timide, idéaliste et romantique. Inévitablement, elle tombe amoureuse, et lui, semblerait-il, aussi. Alors elle lui écrit une lettre ; il la rejette, pour de mauvaises raisons peut-être. Et puis un drame les sépare pour de bon. Dix ans plus tard, ils se retrouvent par hasard. Tatiana s’est affirmée, elle est mûre et confiante ; Eugène s’aperçoit, maintenant, qu’il ne peut plus vivre loin d’elle. Mais est-ce qu’elle veut encore de lui ? Songe à la douceur, c’est l’histoire de ces deux histoires d’amour absolu et déphasé – l’un adolescent, l’autre jeune adulte – et de ce que dix ans, à ce moment-là d’une vie, peuvent changer. Une double histoire d’amour inspirée des deux Eugène Onéguine de Pouchkine et de Tchaïkovski – et donc écrite en vers, pour en garder la poésie.

Prix : 15,50 € (éditions Sarbacane)  –  Nombre de pages : 240

– Mon avis –

Que de merveilles dans ce petit roman, que de belles métaphores, de magnifiques phrases qui résonnent en boucle dans ma tête et me laissent à l’esprit de merveilleuses images à la fois douces et torturées, et des étoiles plein les yeux. Je peine à trouver les mots pour parler de ma lecture, tant elle a été puissante en tout point. Librement inspirée par le roman russe Eugène Onéguine d’Alexandre Pouchkine pour lequel elle avoue avoir eu un coup de cœur, Clémentine Beauvais revisite dans son roman en vers libres intitulé Songe à la douceur l’histoire d’amour désabusée de deux êtres que tout oppose. Eugène est un jeune homme de 17 ans, lassé de la vie, pour laquelle il ne retient que de sombres facettes, telles que sa passivité et sa fatalité. Lorsqu’il rencontre Tatiana, 14 ans, la sœur d’Olga qui est aussi la petite amie de son meilleur ami Lenski, le bonheur semble être à portée de mains pour celui qui n’a de goût à rien. Tatiana est jeune, belle et brillante. Elle croit en l’amour et en la vie, et voit se refléter en Eugène l’image du prince charmant. Tous deux se plaisent à se retrouver quotidiennement et à converser. Cependant, Eugène finit par rejeter Tatiana, par son trop jeune âge sans doute, mais surtout par le spleen qui l’anime, se justifiant du fait qu’ils finiraient par « s’ennuyer ensemble ». Puis un drame les sépare définitivement, du moins jusqu’à ce qu’ils se retrouvent par un heureux hasard dix ans plus tard…

Cette histoire m’a complètement bouleversée. L’amour qui unit Eugène et Tatiana est peu commun, et la manière de nous transmettre leur histoire a littéralement fait fondre mon cœur. Les personnages principaux et secondaires sont terriblement attachants et ce malgré leurs personnalités distinctes. La forme versifiée de ce roman est déstabilisante au premier abord, mais devient nécessaire, presque indispensable au fil des pages. Bien loin de nous refroidir, les rimes et calligrammes nous permettent, en tant que lecteurs, de tisser des liens forts avec les protagonistes en accroissant nos sensations et nos émotions. La poésie et la beauté qui émanent de chaque structure syntaxique nous plonge dans l’ivresse amoureuse et dans la question éminente de l’existence, sans pour autant tomber dans le pathos. En lisant Songe à la douceur, je suis passée par une palette d’émotions assez incroyable et inédite. Je me suis interrogée, je me suis questionnée sur le sens de la vie et le sens de l’amour. Les états d’âme de chacun sont exprimés avec brio, introduits par une langue maniée avec intelligence et sensibilité. Eugène et Tatiana m’ont aussi bien arraché le cœur qu’ils m’ont invitée à rêver, à rire, à pleurer et à m’émouvoir. Il m’a été difficile de m’arrêter de lire la dernière page, tant je me sentais proche d’eux et voulais continuer à y croire. J’ai tellement eu envie de les aider, de leur permettre de vivre leur amour encore et encore afin qu’il dure éternellement. J’ai également eu envie de rentrer dans le livre pour arrêter le drame qui pointait le bout de son nez au fil des pages. le dénouement est intense, ponctue merveilleusement cette histoire teintée de tragédie, de fraîcheur et de nostalgie, et magnifie chaque parcelle, chaque fragment constituant ce roman surprenant.

Je pense que toutes ces impressions de lecture ont été dues certes par l’histoire, mais aussi par l’écriture poétique à couper le souffle que nous offre Clémentine Beauvais. Les vers sont sublimes, dansent entre eux et tendent parfois même à nous offrir des images éphémères, notamment par le biais des calligrammes. Ce mélange visuel textuel m’a énormément plu. le fait d’être dans les pensées des personnages est aussi un atout majeur dans ce roman, car cela a rendu ma lecture encore plus intime et vivante. Les flashbacks sont tout aussi importants et nous permettent d’autant plus d’affirmer la proximité lecteurs-personnages puisque par là nous comprenons mieux leur parcours de vie et leurs choix. Il y a une rétrospection J’avais déjà lu de Clémentine Beauvais son roman Les Petites Reines, qui avait été une très bonne lecture à la fois légère et drôle avec des messages forts, mais avec Songe à la douceur, elle s’ouvre à un autre genre qui m’a fait encore plus apprécier ses écrits. Il est clair que ce roman, aussi bien par son fond que par sa forme, nous laisse une marque indélébile dans le cœur une fois qu’on l’a refermé. C’est avec des livres comme celui-ci, vibrants, vifs, poignants et terriblement humains, que j’ai foi en la littérature, son influence et ses bienfaits.

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– Citations –

Il a le mal d’un siècle qui n’est pas le sien ;
Il se sent l’héritier amer d’un spleen ancien.
Tout est objet d’ennui pour cet inconsolable –
Ou de tristesse extrême, atroce, épouvantable.
Il a tout essayé, et tout lui a déplu.
Il a fumé, couché, dansé, mangé et bu,
Lu, couru, voyagé, peint, joué et écrit :
Rien ne réveille en lui de plaisir endormi.
Souvent, il imagine, au rebord du sommeil,
Dans un futur lointain l’implosion du soleil.
Puisqu’un jour tout sera cette profonde absence,
Pourquoi remplir en vain notre vaine existence, se dépenser en futiles efforts
Dans un monde acculé au couloir de la mort ?
Qu’ils sont laids et idiots, ceux qui se divertissent,
Ceux qui se perdent en labeur ou en délices,
Ceux qui travaillent, ceux qui aiment, ceux qui chantent,
Pour oublier le vide intense qui les hante !
Eugène, à dix-sept ans, a tout compris sur tout :
Et comme tout est rien, il ne fait rien du tout.

*

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– Interviews –

Pour finir, je vous laisse deux interviews de Clémentine Beauvais concernant son roman Songe à la douceur. Je les ai trouvées vraiment très intéressantes ! Le travail de Clémentine Beauvais est passionnant et c’est très enrichissant d’en saisir l’essence grâce à ces interviews !

*

Everything, Everything

Everything, EverythingNICOLA YOON

Nicola Yoon - Everything Everything4coeurs– Résumé éditeur –

Ma maladie est aussi rare que célèbre, on l’appelle « maladie de l’enfant-bulle ». En gros, je suis allergique au monde. Je viens d’avoir dix-huit ans, et je n’ai jamais mis un pied dehors. Un jour, un camion de déménagement arrive. Je regarde par la fenêtre et je le vois. Le fils des nouveaux voisins est grand, mince et habillé tout en noir. Il remarque que je l’observe, et nos yeux se croisent pour la première fois. Dans la vie, on ne peut pas tout prévoir, mais on peut prévoir certaines choses. Par exemple, je vais certainement tomber amoureuse de lui. Et ce sera certainement un désastre.

Prix : 16,90€ (éditions Bayard Jeunesse)  –  Nombre de pages : 370

– Mon avis –

Ça y est, j’ai enfin lu Everything, Everything de Nicola Yoon ! Depuis le temps qu’il me faisait de l’œil et que j’en entendais parler, je me suis enfin décidée à lire ce roman, qui s’annonçait à la fois drôle et bouleversant.

Madeline Whittier est une jeune femme qui vient d’atteindre la majorité. Mais elle ne vit pas du tout comme toutes les autres jeunes filles de son âge. Elle ne va pas à l’école mais bénéficie de cours à domicile avec des professeurs qu’elle ne peut voir que par webcam. Elle n’a jamais eu de petit copain, pas plus qu’elle n’a eu d’ami(e)s. Elle n’a jamais voyagé, ne connaît pas le goût salé de la mer ni même la beauté des paysages que le monde nous offre. En réalité, Madeline n’a jamais mis un pied en dehors de chez elle. Et pour cause, elle est en fait atteinte de la maladie de l’enfant bulle, une maladie rare qui l’empêche d’entrer en contact avec le monde extérieur, sous peine de tomber gravement malade. La vie de Madeline se résume à rester cloîtrée chez elle, accompagnée de sa mère qui prend soin d’elle du mieux qu’elle peut, et aussi de son infirmière Carla, sa précieuse confidente, qui vient vérifier quotidiennement son état de santé. Ses journées se résument à jouer aux jeux de société avec sa mère, faire ses devoirs et lire des livres qui lui apportent l’évasion qu’elle ne peut avoir en vrai. Madeline se contentait très bien de sa petite vie bien rangée, de ce mode de vie très clos auquel elle s’était finalement habituée. Jusqu’au jour où elle tomba amoureuse du jeune et beau voisin Oliver… Comment continuer à vivre ainsi lorsqu’on est en proie au coup de foudre ?

C’est un roman que j’ai beaucoup aimé de par son approche de la maladie de l’enfant-bulle : l’auteure nous apprend beaucoup de choses sur la maladie et nous livre tout ce que peut ressentir une personne atteinte d’un DICS, sans pour autant tomber dans le pathos. On n’est pas du tout dans un état d’esprit d’apitoiement constant comme on pourrait trouver dans d’autres romans traitant de maladie. Toutefois, on ne peut qu’être très touchés par ce que vit Maddie au quotidien, ou devrais-je plutôt dire par tout ce qu’elle ne peut pas vivre. C’est quand même fou de se dire qu’il existe des personnes qui ne peuvent pas mettre un pied dehors sans risquer leur vie, et que par conséquent ils ne pourront jamais voir le monde extérieur et avoir de vie sociale… Ce roman m’a permis de prendre conscience de la chance qu’on a de pouvoir faire tout ce qu’on veut, et m’a rappelé par ailleurs qu’il faut pleinement en profiter. En tout cas, je trouve que ce livre est une véritable ode à la vie et à l’espoir ! Il va vous donner envie de voyager, de rire, de vous allonger dans l’herbe fraîche sous un soleil d’été, de boire des cocktails pétillants et colorés, d’aller vous baigner dans l’eau fraîche de la mer et de sentir le sable vous glisser sous les pieds. En bref, de savourer chaque instant !

En ce qui concerne la romance, je l’ai beaucoup aimée aussi. Olly, tout comme Maddy, est un personnage attachant, qui a également son propre lot de problèmes, qui pour ma part auraient d’ailleurs mérité d’être plus exploités. Leur histoire est vraiment très belle, bien qu’un peu trop furtive à mon goût. J’aime quand les romances sont développées mais dans ce roman, je l’ai trouvée un petit peu trop facile. Néanmoins, ces deux personnages m’ont mis des étoiles plein les yeux et m’ont donné envie de croire à leur histoire. J’ai vraiment beaucoup aimé leur personnalité, leurs moments d’échanges, leur insouciance face à la vie et leur envie de la croquer à pleines dents malgré tous les soucis qui les envahissaient !

Je n’ai malheureusement pas eu de coup de cœur pour Everything, Everything, et j’en suis d’ailleurs assez déçue… J’ai vu tellement d’avis extrêmement positifs sur ce roman que je m’attendais à beaucoup plus en le lisant. Même si ce fut une lecture très plaisante, je n’ai pas eu l’émotion escomptée. Je suis restée spectatrice tout le long, et pourtant je suis quelqu’un de très sensible. Déjà, j’ai trouvé que l’histoire mettait beaucoup de temps à démarrer. Pour tout vous dire, c’est seulement à partir de la moitié du roman que j’ai réussi à savourer pleinement ma lecture. En ce qui concerne la fin du roman, elle a surpris la plupart des lectures. Mais le problème étant que je l’avais déjà devinée depuis longtemps. Il y a eu beaucoup trop d’éléments qui m’ont fait penser que ça allait se finir ainsi, et je trouve d’ailleurs que c’est dommage d’avoir eu autant d’indices de la part de l’auteure. En fait, j’espérais vraiment me tromper tant ça me semblait simple, mais quand j’ai vu que j’avais raison, mon engouement est retombé comme un soufflé.

En dehors de ce point négatif, c’est une merveilleuse histoire de vie que je vous recommande sans aucune hésitation ! De plus les références littéraires et les citations de ce roman sont extraordinaires, et rien que pour cela et pour l’originalité de la thématique abordée, je vous le conseille fortement ! La littérature est mise à l’honneur dans Everything, Everything puisqu’on retrouve des chefs-d’œuvre tels que Le Petit Prince d’Antoine de St-Exupéry, La nausée de Jean-Paul Sartre, Des fleurs pour Algernon de Daniel Keyes, Sa majesté les mouches de William Golding ou encore L’Etranger d’Albert Camus. Avec ce roman, on voit à quel point la littérature a quelque-chose de magique et d’unique : les livres nous marquent et continuent d’exercer leur influence sur nous tout au long de notre vie.

Je tenais à signaler les fautes de frappe et d’orthographe vraiment désastreuses dans la version française de chez Bayard Jeunesse. Cela m’a beaucoup dérangée. Je comprends qu’on ne puisse pas tout voir lors des relectures, mais il y en avait tellement que je me suis demandée si ce roman avait été relu avant d’être publié.

– Citations –

Il ne suffit pas d’être vivant pour vivre.

*

Une photo, c’est un peu comme une machine à remonter le temps. Soudain, ma chambre s’efface et je suis sur cette plage, entourée d’amour et d’air salé, environnée par la chaleur qui diminue, et les ombres qui s’allongent dans le crépuscule. J’emplis mes minuscules poumons d’autant d’air qu’ils peuvent en contenir, et je retiens mon souffle. Je le retiens depuis tout ce temps.

*

Et maintenant ma vie n’a plus aucun sens. Je voudrais presque ne jamais l’avoir rencontré. Comment pourrais-je retourner à mon existence d’avant ? Cette existence dans laquelle tous les jours s’étirent devant moi avec une similitude brutale et infinie ? Comment pourrais-je redevenir cette « fille-qui-lit » ? Non pas que je regrette l’ancienne vie que je passais plongée dans mes livres. Tout ce que je sais du monde, je l’ai appris grâce à eux. Mais la description d’un arbre ne sera jamais un arbre, et un millier de baisers de papier n’égaleront jamais la sensation des lèvres d’Olly posées sur les miennes.

*

– Au fond de moi, je sais que j’ai déjà été amoureux, mais ça n’avait rien à voir. Être amoureux de toi, c’est encore mieux que de l’être pour la première fois. C’est comme si c’était la première, la dernière et l’unique fois en même temps.

*

LE DICTIONNAIRE DE MADELINE

Promesse : N.F. Sens 1 : Mensonge auquel on tient. (Whittier, 2015).

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