L’Etranger

L'EtrangerAlbert Camus

L'Etranger

4coeurs– Résumé éditeur –

« Quand la sonnerie a encore retenti, que la porte du box s’est ouverte, c’est le silence de la salle qui est monté vers moi, le silence, et cette singulière sensation que j’ai eue lorsque j’ai constaté que le jeune journaliste avait détourné les yeux. Je n’ai pas regardé du côté de Marie. Je n’en ai pas eu le temps parce que le président m’a dit dans une forme bizarre que j’aurais la tête tranchée sur une place publique au nom du peuple français… »

Prix : 5,90€  (éditions Gallimard, collection Folio)  –  Nombre de pages : 191

– Mon avis –

Etrange roman qu’est L’Etranger d’Albert Camus. J’ai un peu de mal à mettre des mots sur ce que j’ai ressenti au cours de ma lecture tellement elle me fit passer par des palettes d’émotions totalement différentes et même contradictoires. C’est un livre qui nous laisse comme une saveur étrange, un ressenti totalement déconcertant : en fait, tout est étrange dans ce roman et ce du début à la fin.

Dans un premier temps, ce n’est pas un livre que j’ai aimé une fois que je l’avais refermé. En réalité, je me suis même demandé quel était son réel intérêt et pourquoi y’avait-il tant d’engouement face à ce roman. Mais après de mûres réflexions, j’ai commencé à l’apprécier et à comprendre son impact dans l’histoire littéraire : c’est un livre auquel je repensais après l’avoir reposé, sur lequel je m’interrogeais beaucoup. Je me suis énormément questionnée sur le monde qui m’entourait et c’est de là que j’ai compris pourquoi Camus a eu le prix Nobel.

« Aujourd’hui, Maman est morte. Ou peut-être hier, je ne sais pas. »
Dès le début, je me suis sentie proche du narrateur et personnage principal Meursault, alors même que je m’y sentais complètement étrangère au vu de son absence de sentiments, sa façon de parler et d’annoncer la mort de sa mère qui était tellement dénuée d’émotions. Les mots qu’il emploie, l’absence d’affection et de certitude dans ses paroles m’ont fait comprendre que ce narrateur n’était pas comme nous. Mais je n’ai pas réussi à le détester bien que ses comportements relevaient de l’inacceptable comme par exemple lorsqu’il fumait devant le corps de sa mère entreposé dans une salle ou encore qu’il allait rire devant un film de Fernandel le lendemain de son enterrement. Tous les éléments qui se succèdent dans ce roman paraissent tellement insensés, inappropriés face aux situations présentées que ça en devient déroutant. le narrateur semble accorder plus d’importance à des événements inutiles tels que ses voyages en autocar, les réactions de son patron ou encore l’apparence des personnes qui descendent du tramway le soir. On est face à un personnage vide, qui clairement nous sidère par ses actes, qui nous donne l’impression de se ficher de tout. Bref, on se trouve face à un personnage auquel on ne peut se retrouver, auquel tout nous dissocie. Mais doit-on toujours s’identifier à un personnage dans un livre ? Je ne pense pas car c’est justement cette non-identification qui fait la force de ce roman.

Mais tantôt Meursault nous apparaît antipathique, tantôt on ressent… je ne dirais pas de la peine mais presque, du moins on s’interroge vraiment sur son cas et personnellement je n’ai pas réussi à le détester. On est face à un personnage qui semble se contenter de ce que la vie lui offre. le roman est marqué par des descriptions de plaisirs simples comme fumer une cigarette, partir se baigner en pleine mer, profiter de la fraicheur du soir et de l’amour. « J’avais laissé ma fenêtre ouverte et c’était bon de sentir la nuit d’été couler sur nos corps bruns. » Et même dès lors les dernières pages, j’étais encore sans voix d’autant de je-m’en-foutisme, d’un personnage qui puise son bonheur là où je n’en vois aucun à puiser… ! C’est dingue, je n’attendais vraiment rien de ce roman et je pense que c’est l’une de mes lectures qui me marque le plus.

Je suis restée perplexe et à la fois secouée. Il y a des livres comme ça qu’on commence à apprécier une fois que le message qu’il tente de nous transmettre prend tout son sens. Et ce fut le cas pour L’Etranger. J’aime les livres qui nous font réfléchir et celui-ci m’a particulièrement fait réfléchir par rapport à ce que la société nous impose, par rapport à la condition humaine. Ce qui découle clairement de ce roman, c’est que la société remet en question ce qui la remet en question. C’est assez déstabilisant voire révoltant car quand on ne se conforme pas aux normes de la société, cette dernière tente de nous exclure complètement du monde. Ce livre, malgré sa publication en 1942, n’a pas fini de susciter des réactions chez ses lecteurs et je trouve que plus l’on avance dans le temps et plus ce livre s’adapte à la société. Albert Camus disait de Meursault « qu’il est condamné parce qu’il ne joue pas le jeu ». Il est apparu comme un monstre au sein de la société puisqu’il a dénoncé l’hypocrisie et le jeu social. Il disait également que « dans notre société, tout homme qui ne pleure pas à l’enterrement de sa mère risque d’être condamné à mort. » La société attend que la personne qui perd sa mère rentre dans un système de manifestation de sentiments or Meursault refuse de rentrer dans le système. Et c’est bien de là que naissent tous ses problèmes puisqu’il est absent de ce qu’on attend socialement de lui. On a assimilé son crime avec son absence sociale, on a lié deux éléments sans lien direct pour mieux s’acharner contre lui.

Un livre aux abords et à l’écriture simples mais qui en réalité nous amène à une vraie remise en question du monde qui nous entoure et même de nos propres agissements. En effet, que veut dire « mère décédée » avec « sentiments distingués » ?

– Citations –

Aujourd’hui, maman est morte. Ou peut-être hier, je ne sais pas. J’ai reçu un télégramme de l’asile: « Mère décédée. Enterrement demain. Sentiments distingués. » Cela ne veut rien dire. C’était peut-être hier.
*
On se fait toujours des idées exagérées de ce qu’on ne connaît pas.
*

Il m’a semblé que mon image restait sérieuse, alors même que j’essayais de lui sourire.

*

Ce qui m’attendait alors, c’était toujours un sommeil léger et sans rêves. Et pourtant quelque chose était changé puisque, avec l’attente du lendemain, c’est ma cellule que j’ai retrouvée. Comme si les chemins familiers tracés dans les ciels d’été pouvaient mener aussi bien aux prisons qu’aux sommeils innocents.

*

J’ai secoué la sueur et le soleil. J’ai compris que j’avais détruit l’équilibre du jour, le silence exceptionnel d’une plage où j’avais été heureux. Alors, j’ai tiré encore quatre fois sur un corps inerte où les balles s’enfonçaient sans qu’il y parût. Et c’était comme quatre coups brefs que je frappais sur la porte du malheur. 

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7 réflexions sur “L’Etranger

  1. Romanesquement Vôtre dit :

    Je crois que tu as très bien expliqué l’impact qu’a l’Etranger sur le lecteur: ce n’est pas un livre qu’on aime ou pas, c’est un livre qui apporte une réflexion après la lecture. Dans le même style je te conseille La Peste du même auteur 🙂 Comme L’Etranger, il ne cesse de te « hanter » une fois que tu l’as refermé.
    Victoire

    Aimé par 1 personne

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